Tous au bain, citoyens !

    Entrez dans le bain de la grande et de la petite histoire, avec Romain Gary, Churchill, Sylvia Plath, Marat, l'empereur Commode et bien d'autres...



TOUS AU BAIN,
CITOYENS !
Des Romains... à demain
Hélène Honnorat
182 р. - 14 x 18,3 cm
9791095115373   Sortie: 9 décembre 2025

La baignoire n'est pas qu'une simple installation sanitaire.
C'est un lieu de pouvoir, un théâtre de crimes, un refuge pour les écrivains et,
aujourd'hui, un objet de culpabilité écologique.
Dans son nouvel ouvrage Tous au bain, citoyens! publié aux éditions Yovana,
Hélène Honnorat nous invite à une malicieuse immersion dans la grande histoire de nos ablutions.
Pour quel public ?
Amateurs d'anecdotes secrètes et savoureuses, d'histoire de l'art et des corps,
avec une focale particulière sur le thème du bain en peinture.
editions-yovana.fr / 07.81.33.80.12
contact libraires :
Amalia Distribution   amalia-distribution.odoo.com 

L'Histoire ne coule pas de source
Loin des idées reçues sur un Moyen Âge forcément "sale" - une légende noire forgée bien plus tard par Michelet-, ce livre rétablit la vérité sur nos ancêtres qui fréquentaient assidûment les étuves, quand bien même les thermes romains n'étaient plus qu'un lointain souvenir. Survient alors une crise majeure, avec la période - plus d'un siècle - où l'on se persuade que la toilette tue et que l'eau pénètre la peau... puis l'incroyable bascule hygiéniste, pleine de la conviction inverse. Tous au bain !

Le bureau le plus humide du monde
Au fil des pages, la salle de bains devient un cabinet de curiosités historiques. On y découvre :

Le pouvoir dans son plus simple appareil : Winston Churchill
recevant le président Roosevelt en tenue d'Adam, ou dictant ses discours à ses secrétaires depuis son bain, cigare au bec.

Le refuge des artistes : les grands peintres ayant de tout temps
magnifié les corps s'adonnant au bain... Romain Gary griffonnant ses idées de romans sur les carreaux de faïence avec le rouge à lèvres de son épouse.

Le théâtre du drame : De l'assassinat politique de Marat dans sa baignoire sabot au reportage glaçant de la journaliste Nellie Bly, infiltrée dans un asile où le bain servait de torture.

La fin de l'insouciance ? Alors que les Romains célébraient la démesure hydraulique, notre époque nous somme de choisir notre camp: douche rapide ou bain coupable? À l'heure de la "guerre de l'eau" et du dérèglement climatique, l'ouvrage pose la question cruciale de l'avenir de ce rituel millénaire : la baignoire deviendra-t-elle un objet de musée ou saura-t-elle se réinventer?

Prologue

    - Qu'y a-t-il de pire que Néron ? Qu'y a-t-il pourtant de meilleur que les thermes de Néron ? s'écrie le poète Martial au premier siècle de notre ère.
    Dans l'enceinte de ceux qu'Agrippa- le gendre d'Auguste a fait bâtir sur le champ de Mars, le lac artificiel, où l'on peut nager, est semblable à une mer. Les ruisseaux deviennent canaux, piscines, pleins d'une pulpe transparente. Les thermes de Dioclétien, eux, peuvent accueillir trois mille visiteurs par jour sur près de cent cinquante mille mètres carrés. Partout dans l'Empire, en Gaule, en Angleterre, à Carthage, la civilisation des bains triomphe.
    Quelques siècles plus tard, en Europe, on ne fait plus trempette que dans de modestes cuveaux de bois cerclés de fer, et à la fin du Moyen Âge les autorités imposent la fermeture des étuves, qui perdurent en Orient.
    Aux XVIe et XVIIe, il n'est plus guère question d'eau, en matière d'ablutions, que ce soit à Versailles, en Suisse, en Espagne, en Italie et même dans les pays germaniques : à nous l'alcool, les vinaigres, les parfums, le changement fréquent de linge, lorsqu'on en a les moyens ! (Au Japon ou dans l'Empire ottoman, on continue à barboter...) Théophraste Renaudot, médecin de Louis XIII, proclame que <<le bain extermine le corps et [...] emplit la tête de vapeurs>>.
    Que s'est-il passé? (Je vous le raconterai.)

    Dans l'histoire des bains, du bain et des baignoires, tout est fou, tout est paradoxal, tout est politique. Aux XVIIIe et XIXe, l'eau rentre en grâce. Les hygiénistes entendent bien imposer leur catéchisme, car, nous rappelle Georges Vigarello dans Le propre et le sale... << Un peuple ami de la propreté l'est bientôt de l'ordre et de la discipline >> ! (Conseil de salubrité de la Seine, 1821).
    Aujourd'hui, comparé à la douche chronométrée, le bain a sans doute "tout faux": n'est-il pas un crime contre l'écologie, une perte de temps et d'espace, un encouragement à la mollesse?
    Notre bain tient désormais dans le creux de la main... mais semblable au lac artificiel des thermes d'Agrippa, notre mémoire est vaste comme une mer - dont l'eau serait douce.

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Décembre 2025, entrez dans le bain de la grande et de la petite histoire,  et posez-vous les bonnes questions !

- Quel est le Grand Félin qui adore se plonger dans une baignoire ? Extrait ci dessous


                    Toilette de Grand Félin

Les félins ont horreur de l’eau ? Allons donc. Regardez ce-
lui-ci, ce « Guépard imposant au poil lisse et parfumé » grâce
à ses ablutions !

Don Fabrizio, prince de Salina, a voyagé pendant neuf heures
depuis sa résidence de Palerme vers son palais bucolique de Don-
nafugata. En 1860, en Sicile, impossible d’échapper à la poussière
des grands chemins, qui pénètre jusque dans le carrosse familial.
Même un robuste aristocrate de quarante-cinq ans souffre de de-
voir affronter la fournaise, autant que d’avoir, en route, à « se laver
le visage avec l’eau d’un puits plein de vers ». Épouse, enfants et
gouvernante étant allés se reposer, il s’avise soudain de sa fatigue.
On lui a préparé de quoi le réconforter : deux domestiques ont ef-
fectué maints allers-retours, chargés l’un d’un seau d’eau bouillante,
l’autre d’un seau d’eau froide, déversés dans « une sorte de bassin
ovale, immense, en fine tôle vernie en jaune à l’extérieur et blanche
à l’intérieur, hissé sur quatre robustes pieds de bois. »

L’auteur du Guépard, Giuseppe Tomasi di Lampedusa, tient à
nous faire pénétrer avec son héros dans la petite pièce aux murs
chaulés, au sol de briques percé d’un orifice d’écoulement : entre la
rédaction du manuscrit et sa version dactylographiée, il a ajouté au
décor un peignoir suspendu à un clou, un gros morceau de savon
rose, une brosse, « un mouchoir noué contenant du son qui trempé
dans l’eau dégagerait un lait odorant, une éponge énorme… »

Le soleil fait intrusion par la fenêtre, il frappe sur la tôle
comme sur un gong. Le prince géant manque faire déborder la bai-
gnoire quand il s’y installe.

Les yeux mi-clos pour se garder de la lumière, de la vapeur, il
s’endort presque. À quoi, à qui songe-t-il ? Au déclin de sa caste ?À
son neveu chéri mais rebelle, Tancrède, qui a rejoint les troupes de
Garibaldi ? À ses propres conquêtes, extraconjugales, qu’il confesse
avec bonne humeur au père Pirrone, le Jésuite toujours présent dans
son sillage ? Bien plutôt aux heures passées avec ce dernier dans l’ob-
servatoire privé, encombré de lunettes astronomiques, aménagé au
sommet de la Villa Salina, sur les hauteurs de Palerme. Sa véritable
gloire, c’est d’avoir découvert deux petites planètes, qu’il a baptisées
l’une Salina, du nom de sa maison, l’autre Svelto, du nom de l’un de
ses chiens de chasse ! Bordé dans le liquide brûlant, il peut songer
aux étoiles, imaginer une fois de plus « se trouver dans ces étendues
glacées, pur intellect armé d’un carnet pour des calculs ; pour des
calculs très difficiles, mais qui tomberaient toujours justes. »

N'est-il pas l’héritier d’un autre mathématicien né bien avant
lui – au troisième siècle avant notre ère – en terre sicilienne ? L’au-
teur du Traité des corps flottants, entré dans l’Histoire comme dans
son bain… où il aurait identifié, selon l’architecte romain Vitruve, le
phénomène qui porte son nom, la poussée d’Archimède ! Don Fa-
brizio a ânonné, enfant, le fameux théorème : « Tout corps plongé
dans un fluide au repos subit une force verticale, dirigée de bas en
haut et égale au poids du volume de fluide déplacé. »

Transporté par cette révélation, Archimède aurait bondi et
foncé, nu, dans les rues de Syracuse, clamant le fameux « Eurêka !
Eurêka !! J’ai trouvé !
»...

La cellule est embaumée par le savon et le nouet de son,
parcourue de fleuves miniatures dévalant vers son centre. La tôle
vernie, jaune dehors, blanche dedans, entre le bord et la surface
maintenant troublée, réfléchit le soleil. On frappe à la porte.

    - Quand Sénèque prit-il son premier bain chaud ? Extrait ci-dessous :

Sénèque, autre ennemi proclamé de la démesure et de la dé-
cadence, avait coutume de plonger au début de chaque année dans
les eaux frisquettes de l’aqueduc de la Jeune Fille, l’Aqua Virgo, qui
emplissaient les bassins du champ de Mars. Vieillissant, il s’éloigne
de cette habitude et le déplore :

– Encore un pas, et je suis au régime des bains à étuve.

Il ronchonne par ailleurs à propos du tohu-bohu qu’engendre
l’affluence :

– Je suis logé au-dessus d’un établissement de bains. Quand
les champions du gymnase s’entraînent, je les entends
geindre. N’oublie pas le chercheur de querelle, le filou pris
sur le fait […] N’oublie pas la piscine et l’énorme bruit […] à
chaque plongeon.

N’oublions pas non plus les cris des marchands de peignes,
de pommades, des loueurs de sandales destinées à protéger les
pieds des brûlures, ou de serviettes, accessoires d’importance :
dans le Satiricon de Pétrone, Trimalcion se faisait éponger « non
avec de la toile ordinaire, mais avec des serviettes de la plus douce
laine », avant d’être enroulé dans une couverture écarlate et cou-
ché sur une litière.

Notre stoïcien, Sénèque, endura comme beaucoup l’ironie
du fatum : Néron – dont il avait été le précepteur – lui ayant intimé
l’ordre de mourir, il s’ouvrit les artères, but tel Socrate une coupe
de ciguë puis fut allongé au fond d’une baignoire. Il est de tradition
de se suicider dans cette posture : on ne tombe pas de trop haut, et
la température du liquide permet aux plaies de rester ouvertes. Se-
lon l’humaniste flamand Juste Lipse, Sénèque ayant pratiqué l’eau
froide toute sa vie, ce dut être le premier et le dernier bain chaud
qu’il s’octroya
.

    - À quoi servent, dans les thermes romains, les parois faites en « briques à
tétons » ? Extrait ci-dessous :

                    Et de l’eau pour mon bain

Révolution, au premier siècle avant notre ère apparaît le chauf-
fage par le sol, emprunté à l’Asie Mineure, développé par le sénateur
Caius Sergius Orata ! Une chambre de chaleur, l’hypocauste, est créée
sous la pièce qui reçoit le public, à l’aide d’un four. La fumée est évacuée
par les murs à double paroi : des « briques à tétons » assurent l’écar-
tement nécessaire tout en répartissant les calories. L’odeur du bois de
sapin que l’on brûle sans désemparer enveloppe les villes.

    - Qui devient « serpente, du nombril jusqu’en bas », chaque samedi dans son
cuveau ?
Extrait ci-dessous :


Élinas, le père de Mélusine et de ses sœurs, régnait en Écosse
sur le royaume d’Albany. La fée Persine, sa mère, qui a persuadé
ses filles d’enfermer Élinas dans une montagne du Northumberland,
n’en a pas moins jeté un sort à Mélusine :

– Tu es condamnée à devenir serpente, du nombril jusqu’en bas,
chaque samedi dans ton bain. Si un humain veut t’épouser en
promettant de ne jamais chercher à te voir ce jour-là, il te sera
possible de vivre une vie de femme et d’avoir des enfants.

Mélusine et son époux, Raimondin, engendrent dix fils. Bien sûr,
il finit par manquer à sa promesse… Le voyeur derrière la porte qu’il
a percée de la pointe de son épée, c’est lui. Il découvre Mélusine, mi-
fée, mi-monstre, immergée, nue. Après une confrontation, réduite à
son état de dragon, elle s’envole en poussant des cris déchirants. Elle
reviendra en secret, la nuit, allaiter ses deux derniers enfants.

    - Pourquoi Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron sont-ils
grand-croix de l’ordre du Bain ? Extrait ci-dessous :


            Le masculinisme est-il soluble dans un cuveau ?

Pour ceux qui guerroyaient à l’époque où Jean d’Arras écrivait
son roman, aucune ambiguïté : la cérémonie de l’adoubement im-
pose une immersion, au sortir de laquelle l’aspirant, purifié, devient
« chevalier du Bain ». Les trente-six écuyers d’Henri IV d’Angleterre
codifièrent ce rituel lorsqu’ils s’y livrèrent avec lui après une nuit de
veille, et juste avant son sacre. En 1725, George I er de Grande-Bre-
tagne créa l’ordre du Bain, The Most Honourable Order of the Bath,
qui, remanié à diverses reprises, existe toujours. Les femmes furent
admises au sein de l'Ordre à partir de… 1971.

Depuis la reine Élisabeth II, il est possible d';accorder le grade
de grand-croix honoraire aux généraux étrangers, ainsi qu’aux chefs
d'État en visite officielle. Comme Eisenhower, MacArthur, Ronald
Reagan ou George H. W. Bush, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy,
François Hollande et Emmanuel Macron sont donc grand-croix de
l’ordre du Bain !

    - Dans quel film Alain Delon dirige-t-il un centre de thalassothérapie, sur fond
d’horreur et de vampirisme ? Extrait ci-dessous :

            
            Un peu de douceur dans un monde de fous ?

La thalassothérapie contemporaine vous dorlotera dans
l’onde tiède et la boue chaude. Encore qu’elle non plus ne soit pas
exempte de dangers, voir le film Traitement de choc (Alain Jessua,
1973), dans lequel l’institut abrite les activités d’un médecin vampire
incarné par Alain Delon… ou le roman Thalasso-crime (Janine Teis-
son, 2014) au cours duquel une cliente est assassinée dans le bain à
bulles de l’établissement !

Mais déjà, plus d’un siècle avant notre ère, au Moyen-Orient, et
jusqu’au XIXe siècle à Alger, Istanbul, Fès… des structures charitables,
les bimaristans, accueillaient gratuitement les patients arabes et juifs.
Les médecins également pouvaient être arabes, chrétiens ou juifs,
« pourvu qu’ils soient instruits ». Le mot était souvent contracté en
« maristan » pour ne désigner que les établissements psychiatriques.
(Certains établissements se consacraient plus particulièrement aux
aliénés, d’autres aux nécessiteux ou aux militaires).

Les établissements les mieux équipés comportaient des bains
et des fontaines pour chaque salle. Le bimaristan d’Alep recevait des
aliénés profonds aussi bien que des femmes dépressives. Les pre-
miers étaient isolés dans l’obscurité ; le bruit d’un petit écoulement
d’eau leur apportait l’apaisement. Les secondes trouvaient le même
bénéfice dans la cour, entre malades, auprès d’une fontaine.

Une cure moins brutale que celles observées par Nellie Bly ou
Albert Londres… et peut-être plus efficace ?

        - Quel est l’académicien qui effectue des lectures publiques tout habillé dans
une baignoire ? Extrait ci-dessous :


            Éros en sa baignoire
Dany Laferrière (vous savez ? L’Académicien. Celui qui a com-
mencé sa carrière en écrivant Comment faire l’amour avec un nègre
sans se fatiguer
, qui est né à Port-au-Prince mais vit à Montréal et à
Paris) aime à effectuer des lectures publiques, allongé tout habillé
dans une baignoire. Pour la couverture de son livre Un certain art
de vivre, il pose dans cette attitude. Il porte un costume foncé, une
chemise blanche, des chaussettes bleues, des baskets rouges. Un
verre de vin, des papayes (?), des bananes, des tomates sont épar-
pillés autour de lui, sur les bords de céramique, illustration de l’un
de ses poèmes : Et quand Hoki se maquille / Je me glisse dans la
baignoire / tout habillé avec un verre de vin rouge.


Hoki, c’est la femme aimée, celle qui l’a quitté. Alors il écrit,
dans un hôtel de Kalimantan, pour se souvenir des endroits où il a
vécu, avec ou sans elle ; des langues et des lieux qui l’habitent. « Lec-
teur horizontal, j’ai choisi de lire dans ma baignoire ou dans mon lit
sans perdre espoir que Hoki frappe à ma porte […] L’eau chaude de
la baignoire me permet de fuguer… »

Dans L’art d’être nu dans une baignoire rose, Dany Laferrière
déclare :

J’ai toujours préféré une bonne salle de bains
à un quelconque océan.
Je fais couler l’eau et j’entre doucement
dans la baignoire.
J’aime être à l’étroit dans la cuve d’eau chaude.
Personne ne sait où je suis en ce moment ni
même ne cherche à le savoir.

Poème dans lequel j’ai repéré, il me semble, un clin d’œil à
celui de Barnabooth (Dany a emporté Valery Larbaud) :

Eau de l’océan Atlantique

Dans la baignoire d’argent de ma maison de Londres
Que ton odeur m’est douce et âpre […]
Oh ! ici enfin je suis bien, avec l’Océan chez moi…

            - Qu’est-ce que le garçon de bain, formé à Shinagawa, a d’extraordinaire, dans
la nouvelle de Haruki Murakami ? Extrait ci-dessous :


            Se faire passer un savon au Japon

– Désirez-vous que je vous frotte le dos ?
– Oui, merci […]

« Il prit une petite serviette, l’enduisit de savon et, d’une main
experte, se mit à me laver vigoureusement le dos. »
Rien de très étonnant dans ce dialogue – on peut l’entendre
fréquemment au sein d’un établissement de bains japonais – si ce
n’est le fait que celui qui pose la question est un singe. Il a été élevé
par un couple à Tokyo, dans le quartier de Shinagawa, et « en un
tournemain » a appris à parler leur langue. Après quelques mau-
vaises expériences, il a trouvé du travail dans « un ryôkan, une petite
auberge traditionnelle, au sein de la station thermale de M*, préfec-
ture de Gunma », où il officie en tant que garçon de bain.

C’est Le Japon éternel d’Amélie Nothomb et Laureline Ama-
nieux qui m’a fait découvrir son histoire, enchâssée dans le recueil
de Haruki Murakami, Première personne du singulier.

Amélie est captivée par La confession du singe de Shinagawa,
car ce dernier, indifférent aux femelles de son espèce, vole en se-
cret le nom des humaines dont il s’éprend, sans bien sûr aller plus
loin dans la possession. Or, écrit-elle avec raison, « Qui a fait l’expé-
rience de l’amour sait que le nom de la personne aimée, c’est la clé
de son être ». Mais ce qui m’a prosaïquement subjuguée, dans cette
nouvelle, c’est l’atmosphère que l’on respire dans le sous-sol « éton-
namment somptueux » de l’auberge « déglinguée, miteuse ». Le nar-
rateur se trouve seul dans l’eau thermale verte et bouillante, il s’im-
merge pour la troisième fois dans le bassin après s’être rafraîchi – la
tête lui tourne un peu – lorsqu’il entend glisser la paroi vitrée… La
silhouette fait son entrée à travers la vapeur, murmure :

– Pardon !

… et notre baigneur s’aperçoit enfin qu’il s’agit d’un singe.
L’histoire du simiesque garçon de bain, amoureux des noms, n’est
pas moins sulfureuse que l’eau thermale.

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